Les laboratoires pharmaceutiques alertent sur une possible pénurie de flacons pour conditionner les futurs vaccins contre la COVID-19, mais leur course pour sécuriser leurs approvisionnements risque d'aggraver la situation, préviennent plusieurs grands fabricants d'équipements médicaux.

Source : www.reuters.com - Matthias Blamont, Ludwig Burger - Reuters

Un flacon en verre borosilicaté, matériau qui sera utilisé dans les flacons ou seringues destinés à contenir le futur vaccin contre la maladie à coronavirus (COVID-19), photographié avec une seringue dans un lieu non précisé, sur cette image non datée fournie par Schott AG. Pour accompagner l'article exclusif HEALTH-CORONAVIRUS/SCHOTT SCHOTT AG/Handout via REUTERS

Schott AG, premier fabricant mondial de verre spécial pour flacons de vaccins, indique avoir décliné les demandes de grands groupes pharmaceutiques souhaitant réserver sa production, car il ne veut pas engager ses ressources avant de savoir quels vaccins seront efficaces.

« Nous devons garder la porte ouverte afin de réserver nos capacités à ceux qui réussiront réellement au bout du compte. Nous ne voulons pas être présentés dans la presse comme ceux qui n'ont pas été capables de conditionner le meilleur vaccin », a déclaré à Reuters son directeur général, Frank Heinricht.

Alors que la COVID-19 fait des milliers de morts chaque jour et que les mesures pour endiguer le virus plongent le monde dans la récession, des laboratoires et acteurs de la santé, parmi lesquels Pfizer, AstraZeneca et l'alliance du vaccin GAVI, s'efforcent de produire des vaccins en masse avant même que leur efficacité n'ait été démontrée lors des essais.

Ils veulent s'assurer qu'un vaccin efficace pourra être déployé le plus rapidement possible auprès de milliards de personnes dans le monde.

Mais cela suscite des inquiétudes quant aux approvisionnements.

Le patron d'AstraZeneca, Pascal Soriot, le directeur de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI), Richard Hatchett, et le directeur général de l'IFPMA, organisation représentant les laboratoires pharmaceutiques mondiaux, Thomas Cueni, ont tous averti que les flacons en verre pourraient manquer pour une campagne de vaccination mondiale.

Schott, entreprise non cotée et premier fournisseur de verre borosilicaté pour flacons et seringues médicaux, est convaincu que les fabricants de flacons sauront relever le défi, mais affirme avoir dû prendre des décisions commerciales très difficiles pour tenter d'y parvenir.

Frank Heinricht a précisé que Schott avait refusé des demandes de grands développeurs de vaccins portant sur la livraison future de 800 millions à 1 milliard de flacons en verre, qui contiennent généralement 5 à 10 doses, estimant qu'il était trop tôt pour prendre un tel engagement.

« C'est le dilemme dans lequel nous nous trouvons », a-t-il déclaré, ajoutant que la prudence de Schott avait peut-être contribué à répandre dans le secteur l'idée que les flacons, que les laboratoires achètent moins de 10 centimes d'euro l'unité, pourraient venir à manquer.

Le français SGD Pharma, fabricant de flacons et l'un des plus grands producteurs mondiaux de verre moulé pour l'industrie pharmaceutique, a déclaré avoir un devoir de santé publique et qu'il mettrait tout en œuvre pour éviter une pénurie de flacons.

« Nous faisons confiance à nos clients, avec lesquels nous entretenons des relations de longue date, pour ne pas se livrer à des manœuvres spéculatives. Si tel était le cas, nous placerions la réputation et la mission de SGD au-dessus de tout gain financier », a déclaré son directeur général, Christophe Nicoli.

Il a cherché à apaiser les craintes de pénurie, indiquant que SGD anticipait une demande supplémentaire de flacons liée à la pandémie ne dépassant pas 3 % des volumes annuels habituels. Schott, dont le fondateur Otto Schott a inventé le verre borosilicaté haute résistance dans les années 1890, a également indiqué mettre tout en œuvre pour contribuer à la fourniture du milliard de flacons multidoses qui, selon lui, seront nécessaires à une campagne de vaccination mondiale, potentiellement l'an prochain.

Schott, qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 2,2 milliards d'euros (2,5 milliards de dollars), est en concurrence sur le marché des tubes en verre borosilicaté avec Nippon Electric Glass, Nipro et Corning Inc.

Il fabrique également les flacons finis, un marché plus fragmenté où il affronte notamment SGD, l'allemand Gerresheimer et l'italien Stevanato Group.

Corning a obtenu cette semaine 204 millions de dollars de financement du gouvernement américain pour accroître sa production de flacons destinés aux vaccins et traitements contre la COVID-19. Cette annonce est intervenue au lendemain de l'attribution par le gouvernement américain de 143 millions de dollars à SiO2 Materials Science pour augmenter sa production de flacons et de seringues.

Selon Frank Heinricht, l'industrie fournit chaque année environ 50 milliards de contenants médicaux en verre borosilicaté, dont 15 à 20 milliards de flacons médicaux, même en l'absence de pandémie. Ce type de verre est privilégié par l'industrie pharmaceutique car il ne réagit pas avec son contenu.

Schott et ses concurrents parviendront à produire le milliard de flacons supplémentaires probablement nécessaires à une campagne de vaccination mondiale, a-t-il affirmé. Cela supposerait d'utiliser chaque flacon pour plusieurs injections.

Schott a investi ces dernières années dans la production de verre et de flacons, la Chine se tournant vers des contenants en verre borosilicaté de meilleure qualité, ce qui place l'entreprise en bonne position face à la pandémie ; 200 millions d'euros ont été affectés cette année à de nouvelles lignes de production.

« Le jour où un vaccin sera sur le point d'être autorisé, nous serons prêts, et je suis certain que non seulement nous, mais aussi nos concurrents, serons au rendez-vous », a déclaré Frank Heinricht.